đź“–đź“š Partage de lecture – « Les saveurs du silence » (Helen Monnet) #1

L’art bien compris de la solitude – Solitude et isolement

« Tout le malheur des hommes vient qu’ils ne savent demeurer seuls dans une chambre. » Blaise Pascal, Les PensĂ©es

Le philosophe Ă©voquait le caractère prĂ©cieux de cette aptitude Ă  ĂŞtre seul, mais non isolĂ©. Aussi est-il important de distinguer ici ces deux termes car, pour chacun, la forme et le contenu du silence se rĂ©vèleront bien diffĂ©rents. Or il faut savoir qu’il existe un amalgame sĂ©mantique entre la notion de solitude et celle d’isolement. Par voie de consĂ©quence, pour bon nombre d’individus, la première englobe la connotation nĂ©gative de la seconde. En effet, l’isolement implique une mise Ă  l’Ă©cart, morale ou physique. Il y a dans l’acceptation de ce mot quelque chose de subi, de douloureux et donc d’insupportable. De son cĂ´tĂ©, la solitude recèle une austĂ©ritĂ©, notamment affective, qui peut effrayer et laisser penser qu’elle n’est guère Ă©loignĂ©e du ressenti liĂ© Ă  l’isolement. Mais ce n’est lĂ  que pure apparence : la solitude, elle, peut ĂŞtre choisie, et parfois mĂŞme ardemment.

[…]

Alors interrogeons-nous : pourquoi cette confusion entre les termes de solitude et d’isolement ? D’oĂą vient-elle ?
Car, pour être si répandue, elle vient bien de quelque part.
ĂŠtre seul constitue un fait indĂ©niable : chacun d’entre nous vit notamment son caractère inexorable lors de sa naissance et Ă  l’heure de son trĂ©pas. Ontologique par essence, partagĂ©e par tous, la solitude constitue une Ă©preuve, non pas au sens doloriste, mais plutĂ´t initiatique du terme : elle fonde l’individu dans son appartenance au genre humain. En tant que prise de conscience, elle lui permet aussi de prendre la mesure de sa propre autonomie. La solitude n’a donc a priori rien de rĂ©prĂ©hensible en soi, bien au contraire.

ĂŠtre isolĂ© en revanche, c’est se trouver, pour divers motifs, en retrait, Ă  la marge, voire au ban d’une communautĂ© humaine. […] Le silence de l’isolement et un des plus assourdissants qui soit : subi, il est fait de peurs et c’est un cri sans son. Il est vĂ©cu comme mortifère par l’isolĂ©, qui voudrait lui Ă©chapper.

Le silence de la solitude est, lui, choisi, et mĂŞme assumĂ©, car il est empli de sens. Sa saveur est celle de la paix intĂ©rieure, de la rĂ©flexion et de la crĂ©ativitĂ© sous toutes leurs formes […]. Il est souvent la racine d’une joie indicible mais profonde, sans cesse renouvelĂ©e.

[…]

Un sain vĂ©cu de la solitude permet de nous accepter en totalitĂ© (avec nos qualitĂ©s et imperfections) et par la suite de refuser, sereinement, ce qui n’est ni juste ni convenable pour nous-mĂŞmes. L’existence devient alors infiniment moins fastidieuse, l’horizon s’Ă©claircit Ă  l’aune du respect que nous nous devons en premier lieu.

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